Livre de bord

Moment fort pour l’expédition: Fleur de Passion a passé le cap de Bonne Espérance, mardi 11 décembre 2018 en milieu de journée. Le promontoire rocheux se perdait dans la brume et, peu importe le contraste, c’est une « nouvelle passagère » du bord, Happy Lilly, qui a immortalisé l’instant en prenant la pose, ajoutant à la « Swiss touch » du bord… Clin d’oeil à Présence Suisse pour son soutien!

En ce mercredi 12 décembre, le voilier mouille encore quelques heures à Hout Bay avant d’arriver à un autre cap, Le Cap, à cinq heures de navigation dans ce qui est déjà l’océan Atlantique, pour deux mois d’escale.

La délicate sortie de Knysna par un étroit chenal bordé de récifs couplée à une météo offrant peu d’options a conduit l’équipage de Fleur de Passion à rejoindre Mossel Bay sans retour, fin novembre 2018. Avec à bord un groupe d’une mixité sans précédent parmi lequel cinq sud-africains eux-mêmes d’âge et d’horizons différents. De quoi favoriser échanges et regards croisés dont tout le monde semble avoir conservé un souvenir ému, de retour à terre. On retrouve ainsi Pietro, skipper, Sébastien, second, Candy, cheffe de quart et coordinatrice scientifique et Pierre, cuisinier-intendant, Noé et Valentin, mousses, en compagnie de Caitlin, Kyle, Phumelela, Zainabo et de leur accompagnateur Edward, ainsi qu’Anton et Laurent pour la suite du journal de bord.

Knysna 22 – 29 novembre

Du 23 au 24 novembre 2018, Sandrine l’éducatrice, David le scientifique de l’Université KwaZulu-Natal à Durban et François le passager de Genève quittent le bord. Après deux mois pour la première, qui a embarqué depuis Maputo; après une dizaine de jours pour les deux autres, qui ont embarqué à Durban. L’équipage restant de Fleur de Passion a à peine le temps de faire quelques courses, une lessive et un nettoyage du bateau que déjà, les passagers suivants arrivent dès le 25 au matin, pour la dernière navigation jusqu’au Cap. 

Ce jour-là, la journée commence avec une visite du bateau par quelques membres du Yacht Club de Knysna puis par l’arrivée à bord du groupe de CapeNature. Quelques membres du staff de cette organisation gouvernementale chargée de l'entretien des zones sauvages et des réserves naturelles de la province du Cap occidental viennent à bord en compagnie des quatre adolescents et de leur accompagnateur qui embarqueront pour une semaine à bord. Laurent, le réalisateur des derniers épisodes de la série documentaire sur l’expédition, arrive le même jour de Genève, tandis que le dessinateur sud-africain Anton rejoint l’équipage le 27. Nous voilà alors au complet, mais pas encore en mesure de lever l’ancre…

En effet, la météo et les contraintes liées à l’entrée dans Knysna ne nous laissent pas partir comme prévu pour Mossel Bay le lendemain. Nous temporisons donc jusqu’au 29 novembre et trouvons à nous occuper sans peine : sortie sur la plage côté océan, visite d’un Township, jeux et cuisine à bord lorsqu’il pleut. Nous profitons même d’un « workshop » micro-plastiques et macro-invertébrés organisée à bord par une chercheuse du Knysna Basin Project.

Mossel Bay 29 novembre – 2 décembre 

Le jour du départ est là, l’ancre est levée à 7h30, la sortie se déroule bien et Fleur navigue à la voile en direction de Mossel Bay. Il y a un peu moins de 60 miles à parcourir, la mer est agitée et les premiers estomacs pas habitués aux mouvements du bateau se manifestent. Noé l’un des deux mousses, amariné depuis longtemps, se charge de distribuer eau et médicament aux malheureux.

Nous arrivons 10h plus tard au port de Mossel Bay où un énorme phoque vit dans un des pneus qui protègent le quai. Les jeunes et l’accompagnateur de CapeNature n’ont pas tous vécu cette navigation de la même manière, mais tous sont contents de l’avoir faite, et surtout d’être arrivés au calme où une bonne nuit de sommeil nous attend tous.

Le lendemain, une baignade dans les rochers au bord de la mer est proposée par Anton qui connaît la région, suivie par une visite du musée maritime l’après-midi. On découvre Mossel Bay qui est aussi une station balnéaire plus familiale que Knysna. On s’y sent bien.

Le premier décembre, la mer est plus calme et Fleur de Passion sort pour un petit tour direction Seal Island, la bien nommée « île aux phoques ». On espère pouvoir observer des requins blancs, mais on ne verra que celui qui est attiré par l’équipage d’un bateau de « cage diving », l’attraction du lieu par excellence. Le vent ne s’affaiblit pas et on repart tirer quelques bords au large de Mossel Bay avant de rentrer au port.

Le 2 décembre, Anton et toute l’équipe de Cape Nature débarquent. Ces jeunes ont été incroyablement enjoués, intéressés, pro-actifs et reconnaissants pour l’expérience vécue. C’était un plaisir de les avoir à bord et nos deux mousses genevois se sont manifestement bonifiés à leur contact. »

En route vers Le Cap, l’expédition est arrivée sans encombres à Knysna, jeudi 22 novembre 2018, malgré une grand voile déchirée, des conditions de mer âpres et la crainte diffuse de ces vagues gigantesques qui se forment parfois le long de cette côte orientale de l’Afrique du sud. A bord, le nouvel équipage qui a pris le relais depuis Durban est composé de Pietro (skipper), Sébastien (second), Candy (cheffe de quart et coordinatrice scientifique, Pierre (cuistot), Sandrine (éducatrice), Noé et Valentin (mousses). Il compte aussi un passager, François, et un scientifique de l’Université de KwaZulu-Natal, David. On les retrouve mi-novembre au moment du départ de Durban au terme de quatre semaines de travaux de maintenance à bord de Fleur de Passion.

Durban

Départ au petit matin du 14 novembre 2018, on quitte enfin le site où nous avons tous pu profiter de la poussière et des bruits habituels des chantiers navals, à nous la mer !

Nous commençons notre périple avec les voiles et le moteur et 2 à 3 mètres de creux, les estomacs n’ont qu’à bien se tenir.  Le bateau est un peu malmené dans cette mer et rapidement, la grand voile se déchire! La navigation en Afrique du Sud commence bien… Heureusement que nous croisons très vite des baleines pour nous remonter le moral ! En milieu de matinée, voilà Fleur de Passion qui navigue en direction de East London sous yankee, trinquette et 2 ris dans l’artimon par force 4-5 du Nord Est. Comme prévu, le vent diminue en début de soirée et nous sommes forcés de remettre le moteur. Première nuit en mer pour l’équipage (sauf les mousses et Sandrine qui sont à bord depuis Maputo). Malheureusement, le temps assez chargé nous empêche d’observer les étoiles ou la côte, nous n’en sommes pourtant qu’à une douzaine de miles. Le lendemain, nous profitons de ce  fameux courant des Aiguilles pour avancer à 8-9 nœuds. Un prélèvement d’eau de surface pour le programme Micromégas sur la pollution micro-plastique est fait dans l’après-midi, suivi par un autre pour le scientifique qui a embarqué à Durban, David Glassom, de l’Université KwaZulu-Natal (lire la news dédiée ici). 

Fleur de Passion entre dans East London à 22h le 15 novembre après 40h de navigation. L’ancre est mouillée, les cœurs et les estomacs peuvent se remettre en place, ça fait du bien lorsque c’est calme. Cette première étape est importante dans le sens où nous sommes dorénavant un peu plus à l’abri de ces fameuses vagues scélérates !

East London 15-18 nov

Nous sommes ancrés dans la Buffalo River face au modeste yacht club du même nom. On profite du chant des oiseaux au réveil et on découvre les environs, une petite expédition en zodiac permet d’observer que les rives de la rivière deviennent vite sauvages plus en amont. Nous restons trois nuits bien à l’abri dans notre rivière en profitant du barbecue, des douches et de la machine à laver du yacht club. Deux prélèvements sont effectués dans la rivière avec David. On en profite aussi pour remplacer la grand voile par une ancienne voile plus petite mais qui fait bien l’affaire. En attendant une nouvelle grand voile qu’il nous faudra commander à notre fabricant North Sails, qui se trouve être basé… au Cap! Ça tombe bien…

L’ancre est levée le 18 novembre 2018 à 3h du matin et nous partons au large (15 miles) pour essayer d’attraper le flux du courant des Aiguilles. Il n’y a pas beaucoup de vent au début mais un bon force 3 s’installe en début d’après-midi et nous voilà dans le courant. Le vent augmente durant la nuit et nous naviguons à 7-8 nœuds par force 6 dans la journée. En fin d’après-midi, après deux virements lof pour lof, on met le cap sur Plettenberg Bay au moteur afin d’y arriver avant la nuit tant il ne fait pas bon traîner dans le coin quand il fait noir.

Plettenberg Bay 19-22 nov

Ancré à l’abri du Cape Seal, Fleur de Passion roule gentiment. Nous resterons ici jusqu’à ce que les conditions nous permettent d’entrer dans Knysna, c’est-à-dire 3 jours plus tard.

Plettenberg Bay est une station balnéaire réputée en Afrique du Sud et ça se voit. Les villas de luxe parsèment la colline et le bord de mer face à nous. La houle nous empêchant de mettre pied à terre, nous organisons des expéditions d’exploration du cap (qui est une réserve naturelle) en zodiac. Le nom du cap n’a visiblement pas été donné par hasard, et nous avons la chance de pouvoir observer des tonnes (oui des tonnes!) de phoques qui se prélassent au pied de la falaise ou qui nagent. S’il y a les phoques, il y a les requins blancs (!), mais nous n’aurons pas la chance d’en observer. De nombreux dauphins sont également observés et enregistrés avec l’hydrophone. Lors d’un prélèvement en zodiac avec David, nous avons la chance de croiser deux baleines entre Fleur et la plage. 

Knysna 22 novembre

Le matin du 22 novembre, nous levons l’ancre et mettons le cap sur ‘The Heads’, la fameuse entrée du lagon de Knysna qui se trouve à 30 miles. Fameuse car elle se mérite, cette entrée! En effet, il ne faut ni trop de houle ni trop de vent et la marée doit être haute. A cela, il faut ajouter que l’entrée est étroite, peu profonde et qu’il y a de magnifiques rochers bien acérés de part et d’autre. On s’approche donc au moteur, on appelle le National Sea Rescue Institute qui nous informe que l’on devrait (au conditionnel) pouvoir entrer et qu’il restera en contact avec Pietro par radio durant toute la manœuvre. On se met dans l’axe, on attend la bonne vague,  Pietro met les gaz, on serre les fesses et yallah ! 

Une fois l’entrée passée, nous voilà dans un autre monde. La mer est calme, il y a des gens qui font du stand-up paddle, des canoes, des petites maisons bien proprettes. Rien à voir avec la côte sauvage, les vagues, le vent que l’on vient de quitter. Le contraste est saisissant mais on a réussi le plus dur. Nous sommes guidés jusqu’à notre place de mouillage, une page se tourne pour cet équipage.

Bientôt arrivera à bord pour une semaine un groupe de quatre jeunes sud-africains et leur accompagnateur dans le cadre d’un projet en partenariat avec l’organisation CapeNature et le soutien de l’ambassade de Suisse à Pretoria.