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Osons le dire, l’équipage n’avait pas franchement anticipé la question mais a bien dû y répondre: comment dit-on Fleur de Passion en zoulou? Soit dans l’une des onze langues officielles d’Afrique du Sud et la plus répandue dans le pays. La question, en plus d’être inattendue, s’est posée dans les circonstances suivantes.

Jeudi 11 octobre 2018, The Ocean Mapping Expedition a eu les honneurs d’une réception officielle organisée par la Municipalité de Durban à l’occasion de son arrivée dans la ville quelques jours plus tôt. La Maire elle-même - car cette agglomération de quelque 3,5 millions d’habitants est administrée par une femme - n’avait finalement pas pu être présente mais était représentée par une de ses adjointes. Côté suisse, outre les membres d’équipage, le numéro 2 de l’ambassade à Pretoria, son adjointe chargée des échanges scientifiques avec l’Afrique du Sud ainsi que la console honoraire à Durban étaient de la partie. Et à l’heure des échanges protocolaires et autres discours, force a été de constater que pour les orateurs locaux, la prononciation du nom du voilier n’allait pas de soit. Fleur, passe encore, mais le « on » de Passion…

Aussi au moment de la remise de cadeaux de part et d’autre, un informel cours zoulou s’est-il improvisé à l’attention spéciale de Suisses en escale à Durban, marins de passage ou diplomates en poste à Pretoria. Un cours articulé autour d’un unique - et de circonstance - vocable: « imbali yothando », traduction mot à mot de… Fleur de Passion! Le cours a été gracieusement donné par une des élèves du Oakridge College, invités à participer à la cérémonie. Plus tôt, dans leur bel uniforme vert bouteille, ceux-ci étaient venus à bord pour découvrir une facette maritime méconnue de la Suisse. Bref la journée était au partage d’expérience dans une ambiance de très grande convivialité.

Merci à la Municipalité de Durban pour son accueil chaleureux!

A priori, aucun rapport entre les trois mais attendez un peu… Car comme The Ocean Mapping Expedition vient d’arriver en Afrique du sud, forcément que tout ramène tôt ou tard à une histoire de requin. En escale à Durban depuis peu, l’expédition a été invitée à présenter les programmes scientifiques du bord dans le cadre d’un workshop de deux jours organisé par l’Institut sud-africain pour la santé environnementale (SAIEH) et son dynamique président le Dr Selva Mudaly, les 11 et 12 octobre 2018 avec le soutien de l’ambassade de Suisse. C’est Yaiza Santana, la coordinatrice scientifique du bord, qui a officié devant quelque 120 acteurs locaux de cette vaste thématique portant tout autant sur la question de la pollution de l’air que sur la pollution sonore.

Lorsqu’est venu le temps des - nombreuses - questions, le programme 20’000 sons sous les mers en particulier a fait réagir une participante qui a cité une étude récente selon laquelle les attaques de requins le long des côtes pourraient être corrélées au niveau sonore de certaines plages, et plus précisément encore à la musique tendance « boum-boum » qui y sévit. Pour les cinéphiles avertis, cela rappellera la scène finale d’un des opus des « Dents de la mer », quand le héros attire le grand méchant requin du film jusqu’à le faire mordre, et donc s’électrocuter, un câble électrique à haute tension sous-marin à force de taper dessus. Visionnaire, le film, en cela que les requins seraient sensibles à certaines mythiques?

Toujours est-il que cette remarque « musicale » de cette participante a bien fait rire Renuka Lutchminarayan, qui présentait l’après-midi un exposé sur « Noise monitoring and control ». Et d’expliquer en effet que parmi les recommandations prodiguées aux acteurs municipalités côtières pour atténuer les nuisances sonores, il en est une qui consiste à… orienter vers le large les sources de bruit, et notamment musicales!

Moralité et en vertu du principe de précaution, il va peut-être falloir choisir entre faire la bombe sur la plage et baignade au son des basses…

L’auteur de bande-dessinée genevois a embarqué courant septembre 2018 à Tulear, dans le sud de Madagascar, pour effectuer la traversée en direction de Maputo, la capitale du Mozambique. Quinzième dessinateur du programme culturel « Dans le miroir de Magellan », il n’a pas son pareil pour dépeindre la vie du bord et brosser le portait à la fois drôle et attachant des membres d’équipage, Pere le skipper, Khaled le second, Yaiza la responsable scientifique, ou encore Victor. Le résultat est stupéfiant, étonnant de vitalité!

A Tulear, début septembre 2018, l’expédition a accueilli à bord de Fleur de Passion une soixantaine d’enfants de l’ONG malgache dans le cadre d’échanges aussi conviviaux qu’émouvants. Yaiza Santana, la coordinatrice scientifique du bord, raconte cette rencontre avec cet acteur de la société civile locale, comme l’expédition a l’ambition d’en nouer à chaque escale.

« Bel Avenir est une ONG malgache œuvrant dans le sud de Madagascar à travers des projets sociaux en misant sur “l’éducation comme moteur de développement.” Créée il y a 15 ans, elle est basée à Tuléar et mène des activités dans différents domaines éducatifs en faveur des jeunes populations défavorisées de Madagascar: à travers des projets de formation agricole, de soutien au système scolaire ou encore de lutte contre le travail des enfants par le développement d’écoles, d’actions sociales et d’animations artistiques, musicales et sportives.

L'ONG a un foyer social où quarante jeunes filles de différents âges qui ont eu des difficultés dans leur vie, tant au niveau de ressources, de santé, comme de risque de grossesse précoce. Les jeunes filles qui vivent dans le foyer sont scolarisées et en plus d’y disposer d’un endroit où loger, elles apprennent une autre façon de vivre et d'interagir avec leur environnement.

Bel Avenir a ainsi créé une structure qui soutient quelque 30 000 enfants de Tulear et de ses environs. Elle propose des activités quotidiennes pour les enfants qui sont intéressés: Gospel, batucada, capoeira, groupe de musique philharmonique, cirque, etc. Des cours de rattrapage scolaire, d'informatique, de couture, de cuisine, de nutrition et de santé sont également proposés. Certaines de ces activités ont lieu au Centre d'art et musique ou au Cinéma Tropic, un ancien cinéma qui a été rénové par le personnel Bel Avenir. Le cinéma est le lieu de rencontre par excellence de toute cette communauté et tous les enfants peuvent y accéder pour pratiquer ces activités. L’ONG dispose aussi de sa propre école, d’une cantine solidaire et accorde des bourses de scolarisation. Elle gère également un Centre Educatif et Environnemental au nord de Tuléar.

The Ocean Mapping Expedition a entendu parler de cette ONG depuis son arrivée à Madagascar et l’a contactée pour nouer des liens et évoquer la possibilité d’activités communes. Ce premier contact s’est spontanément révélé très prometteur. Il s’est traduit par une visite de l’équipage au bureau et au foyer de Bel Avenir en compagnie d’Emma et de Jonathan, les deux adolescents du bord dans le cadre du programme Jeunes en mer. L’expérience fut très émouvante et enrichissante pour les deux parties et ce premier contact a tout de suite fait naître des idées de projets entre Bel Avenir et l’expédition, dont la première s’est concrétisée de deux manières: une projection du quatrième épisode de la série documentaire et une présentation de l'expédition au cinéma Tropic, et des visites à bord pendant deux jours pour les enfants de l'ONG.

Le 7 septembre, jour de la projection, l’événement a pris une tournure cocasse autant que conviviale: au fur et à mesure que la soirée avançait devant un grand groupe d'enfants et d’adolescents, les passants ont progressivement rejoint la projection, attirés par les images et les histoires de l’expédition: personnes âgées, chauffeurs de taxi, femmes avec des enfants, étudiants, marchands ambulants, etc. Avec l’aide du personnel de Bel Avenir, l’équipage a fait en sorte de traduire la présentation et une partie du documentaire (en français) aux malgaches de sorte que tout le monde puisse comprendre. Première projection du documentaire de l'expédition en Afrique célébrée avec succès!

Les deux jours suivants, nous avons accueilli 60 enfants à bord de Fleur de Passion pour une visite du bateau ponctuée d’initiations à la manoeuvre (hissage des voiles), d’explications des projets scientifiques et d’une foule de questions sur les thématiques environnementales qui s’y rapportent: qu’est-ce que les micro-plastiques? Quels sont leur impacts sur les océans? Que pouvons-nous faire pour améliorer la situation? Qu'est-ce que la pollution sonore? Quels animaux affecte-t-elle? Quels sons émettent les cétacés? Excitation générale, rires, mais aussi concentration et attention soutenue aux questions, bref, les visites ont été une expérience marquante pour tous ces enfants à la fois intéressés et tout heureux de se sentir « à bord » de l’aventure.

Pour l’expédition aussi, cette rencontre avec Bel Avenir a été une belle découverte, une source d’enrichissement inoubliable. Elle a été l’occasion de plonger au coeur de la réalité de Madagascar et faire connaissance avec un bel excellent exemple de la façon de lutter pour améliorer la situation des enfants et adolescents défavorisés.

Bon vent à vous tous de Bel Avenir! Et merci pour ces beaux moments de partage. »

La dessinatrice genevoise sera l’une des participantes à l’exposition « La fabrique du monde », au Forum Meyrin du 5 octobre 2018 au 2 février 2019. L’événement regroupe une vingtaine d’artistes internationaux invités à « s’approprier la cartographie » et à proposer des « cartes uniques, sensibles ou virtuelles » sous forme de dessins, gravures, illustrations, installations, peintures, photographies et vidéos.

« D’un geste, les artistes tissent des récits composites et fabriquent des mondes. S’ouvrent ainsi aux visiteurs des espaces cartographiés, poétiques, ludiques et critiques, ouverts à toutes les lectures et interprétations, des plus intimes aux plus globales », dit encore la brochure de présentation. Avec Mirjana, les visiteurs seront servis…

Celle-ci a en effet réalisé pour l’occasion des aquarelles tout droit inspirées de son séjour à bord de Fleur de Passion en novembre 2017 dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition. Elle avait navigué jusqu’aux Moluques, en Indonésie, les fameuses « îles aux épices » objet de la quête de Magellan; et découvert avec étonnement et stupéfaction l’extraordinaire richesse sous-marine de cette région du monde.

En avant-première, Mirjana Farkas a accepté de lever un coin de voile sur son travail… Merci à elle!

Et pour plus d’informations pratiques: http://meyrinculture.ch/evenement/la-fabrique-du-monde