Livre de bord

A quelques heures du départ en direction de Dakar, jeudi 28 février 2019 tôt matin heure, retour sur les derniers jours du chantier de maintenance mené au Cap sur la coque, en particulier, dont il a fallu carrément changer quelques bordées. A bord, outre l’équipe chantier qui effectuera la traversée - Pere le skipper, Khaled le second et Camille le chef de quart -, sont également à la manoeuvre Tamara l’éducatrice du programme socio-éducatif Jeunes en mer de l'association Pacifique et son adjoint Stephen, 4 jeunes en question arrivés de Genève en milieu de mois, Irène en charge de l’intendance du bord, et Arthur, stagiaire en charge de la supervision des programmes scientifiques et de la tenue du livre de bord, dont voici les premières lignes.

18/02/19 Jour 1 Mardi

Nous sommes arrivés au Cap le mardi 19 février 2019 en milieu d’après-midi avec les trois jeunes du programme socio-éducatif Jeunes en mer et Tamara, l’éducatrice-navigante de l’association Pacifique chargée de leur accompagnement. Depuis l’aéroport, nous rejoignons « Home Base », une auberge de jeunesse où nous devons rester quelques jours en attendant que les travaux sur le bateau soient finalisés. Pere le skipper, Khaled et Camille les deux autres membres de l’équipage qui feront la traversée, nous informent en effet que la grue qui devait remettre le bateau à l’eau est en panne. Par conséquent, ils ont décidé de mettre ce contretemps à profit pour faire d’ultimes travaux sur le bateau. Nous allons donc rester au Cap jusqu’au 28 février 2019, date du départ. 

19/02/19 Jour 2 Mercredi 

Tous les matins, avec les jeunes, nous nous levons à 8h pour être à 9h sur le chantier, situé dans le quartier portuaire de V&A Waterfront, et ainsi aider pour les travaux jusqu’à 12h00. A midi nous mangeons sur place. C’est Irène, une bénévole qui elle aussi la traversée comme intendante avec son mari Stephen, lequel assistera Tamara pour le volet socio-éducatif, qui se charge des repas. En ce premier jour de chantier, nous aidons à enlever la rouille qui s’était déposée sur les éléments en métal du bateau et qui laisse des coulures visibles par-dessus la peinture blanche de la coque. Pour l’enlever, nous utilisons des brosses métalliques, du papier de verres ou encore des spatules en métal, voire carrément un marteau pour enlever les morceaux de peintures ocrées. Pendant ce temps, Jules un charpentier venu exprès de Genève au Cap aide à la réparation d’une partie de la coque en bois. Mauvaise surprise en effet lors de la sortie de l’eau du bateau: il a été attaqué par des vers marins, les fameux tarets. Et autre surprise de taille: malgré tous les efforts déployés, il s’est avéré impossible de trouver un charpentier de marine qualifier pour effectuer en toute sécurité ces travaux très sensibles du la coque…

20/02/19 Jour 3 Jeudi 

Reprise et finalisation des travaux entrepris la veille. Les marins donnent les instructions en nous expliquant quoi faire. Les éléments amovibles attaqués par la rouille comme les manilles, par exemple, sont démontés et sortis du bateau pour être suspendus par des ficelles à trois poutres en bois posées sur des tréteaux sur le quai, puis enduits d’un produit antirouille. L’après-midi, moment de repos avec les jeunes, Tamara et Stephen avec qui nous allons profiter de la plage et y faire du bodyboard, car la température au Cap en cette fin février frôle les 30°C.

21/02/19 Jour 4 Vendredi 

Le vendredi, nous entreprenons l’ascension de Table Mountain, la fameuse et si caractéristique montagne qui surplombe le Cap. Vue du bas, elle forme un immense bloc rectangulaire. Un téléphérique (de fabrication suisse) monte au sommet en quelques minutes mais nous choisissons de faire la montée à pied. Il faut une bonne heure demie pour atteindre le sommet par le petit sentier escarpé qui grimpe raide à travers une étroite gorge sur la fin. Mais l’effort en vaut la chandelle tellement la vue est magnifique sur la ville en contrebas et Robben Island en arrière plan, l’île où Nelson Mandela fut enfermé dix-huit sur ses vingt-sept années de prison.

22/02/19 Jour 5 Samedi 

Opération peinture, car Fleur de Passion a besoin de faire peau neuve maintenant que les travaux de réparation de la coque sont terminés. L’opération consiste d’abord donner un bon coup d’éponge mouillé en veillant bien à la passer de haut en bas sur toutes la surface de la coque pour enlever les possibles poussières qui s’y sont forcément déposées pendant les travaux. Il faut s’assurer que la surface de la coque n’a aucune aspérité avant d’étaler la peinture pour éviter que celle-ci ne se décolle. 

Ce samedi, nous appliquons une première couche de peinture primaire sur tous le côté droit (tribord) du bateau. Pendant ce temps, l’un des jeunes s’occupe d’appliquer un produit antirouille sur les surfaces qui ont été préalablement poncées la veille et sur les éléments amovibles toujours suspendues sur le fil à quai.

23/02/19 Jour 6 Dimanche 

Dimanche, une seconde couche de peinture grise est appliquée à tribord et une première à bâbord (gauche). Plusieurs équipes se constituent pour finir ce méticuleux travail de peinture. Ainsi, une équipe se charge d’appliquer la dernière couche grise coté bâbord alors qu’une autre s’attèle à passer une première couche d’antifouling noir à tribord. Quand ce revêtement destiné à éviter que des organismes vivants viennent se fixer sur la coque est terminé, le bateau retrouve sa splendeur bleu, blanc et noir.

24/02/19 Jour 7 Lundi 

Dernière escapade avant un mois de mer, nous décidons d’escalader à la lampe torche Devil’s peak, le seul sommet accessible dans les environs du Cap. Pour cette montée et admirer le lever du soleil  6h04, il nous faut nous nous réveiller à 4h du matin et l’effort en vaut la peine. Depuis le sommet, la vue à 360° est en effet magnifique. A notre retour à bord, nous nous joignons aux ultimes préparatifs avant notre départ prévu pour en milieu de semaine. Pendant cette matinée du lundi, la dernière couche de noir à bâbord est appliquée. En parallèle, une petite équipe se charge de remplir d’eau 17 bidons de 25 litres. Cela nous fait un stock de 425 litres d’eau douce des 1000 litres dans les cuves, sans parler du dessalinisateur dont est équipé le voilier. Nous stockons ces bidons à l’avant du bateau au cas où. Une autre équipe se charge de nettoyer le pont car le lendemain, la pluie est annoncée et l’idée est d’éviter que le pont soit sali par les poussières de rouilles qui se sont déposées sur le bateau. Il faut aussi remettre en place le lest dans les cales, il a en effet été retiré le temps d’effectuer des travaux de peinture dans les escapes cabines. Il faut également stocker correctement l’avitaillement pour les onze personnes qui effectueront les quatre semaines de navigation. 

25/02/19 Jour 8 Mardi 

Le matin, Pere le skipper procède au rituel briefing d’avant départ. Il passe en revue en particulier les consignes à bord et explique comment va se dérouler la traversée. Le voilier étant attendu  Dakar tout début mars, il n’est pas sûr que l’on pourra faire escale à Sainte-Hélène… L’après-midi est consacrée à acheter quelques souvenirs et d’ultimes provisions personnelles pour être paré pour le grand départ qui nous attend jeudi. Entretemps, mercredi, le bateau aura été remis à l’eau car la grue, heureusement, a été réparée…

En ce début février 2019, le chantier de maintenance bat son plein sur et autour de Fleur de Passion. Le bateau a été sorti de l’eau comme prévu au Cap - quoiqu’avec retard par rapport à la date du 25 janvier selon le planning initialement prévu - pour cause de défaillance du système de levage du chantier naval local. Si bien que l’équipe sur place - Pere, Camille, Khaled, Victor, Niels - travaille d’arrache pied pour combler le retard et être en mesure de reprendre la mer le 20 février en direction de Dakar, avec une brève escale sur l’île de Sainte-Hélène si le calendrier et la météo le permettent.

Tout au long du mois de janvier, tandis que se déroulaient les visites à bord du voilier à V&A Waterfront, les travaux avaient en fait déjà commencé sous la supervision d’Amélie avec l’aide de Victor et de Yaiza, sur toutes les parties du bateau accessibles et quand ces travaux ne perturbaient pas trop lesdites visites. Un énorme lifting des mâts, du pont, des parties immergées de la coque a ainsi été effectué, en attendant la sortie de l’eau. Dans les jours qui ont précédé celle-ci, l’intérieur des carrés central et avant a lui aussi été entièrement repeinte et les prochains à embarquer pour la remontée vers Dakar pourront presque avoir l’impression d’un bateau neuf! Sans parler des voiles puisque c’est au Cap qu’ont été fabriquées par North Sails les nouvelles, en particulier la grand voile, qui remplaceront celles posées en 2015 et qui avaient tant souffert depuis…

Posé sur son rail dans le chantier de maintenance, quasiment en face du Cape Grace Hotel, Fleur de Passion offre le spectacle ahurissant de ses flancs couverts d’un mélange de faune et flore océanique comme rarement observé. Il faut dire que le bateau n’était plus sorti de l’eau depuis deux ans exactement, en février 2017 à Brisbane, en Australie.

Changement de timing: depuis le 20 décembre 2018, Fleur de Passion est amarré au Quay 6 de Victoria & Alfred Waterfront, le quartier portuaire et touristique du Cap, soit quelque dix jours avant la date prévue. La raison: éviter d’être contraint par une météo et des vents qui auraient rendu impossible la délicate sortie du Royal Cap Yacht Club à la date initialement prévue, le 2 janvier, sachant que le bateau devait impérativement être à Waterfront pour le 3 janvier, date du début des manifestations publiques organisées dans le cadre de l’escale.

« Cul à quai » comme on dit, juste devant l’imposant Table Bay Hotel et avec cette même spectaculaire Table Mountain par son tribord, avec vue à bâbord sur Jetty 2 et son charmant Luggage Hall qui accueillera bientôt l’exposition « Our Spice Islands », Fleur de Passion et son équipage se préparent ainsi à la séquence qui va s’ouvrir bientôt, consacrée à cette autre mission de l’expédition: sensibiliser aux enjeux de développement durable.